Deux mots à propos des évènements de Djerba

Un groupe d’individus anti – Nidaa Tounes a séquestré un millier de partisans du parti de Béji Caïd Sebsi hier à Djerba. Que ce groupe soit lié ou non à Ennahdha n’est pas important en soit. Ce qui est grave dans cette affaire, c’est qu’une action violente ait été menée en dehors de tout cadre légal, sous prétexte de ‘protection de la révolution’.

Deux points sont à souligner à ce niveau :

  1. Le peuple s’est exprimé démocratiquement et a élu une assemblée constituante (AC) qui a elle-même désigné un exécutif. Le peuple — et son représentant ; l’AC — n’ont jamais chargé qui que ce soit de protéger la révolution.
  2. Il n’y a rien de spontané — qui ne soit né d’une initiative citoyenne et populaire — dans les évènements de Tataouine, Place Mohamed Ali ou Djerba. Il n’y a que des adversaires politiques, qui ont beaucoup de choses à se reprocher, et qui ‘s’échauffent’ en vue des prochaines élections.

C’est au gouvernement, légitime, de réformer en profondeur le pays, de chasser les corrompus et de traduire les criminels devant la justice, dans le respect des lois et en s’appuyant sur les organes de l’Etat. Déléguer — de façon consciente ou inconsciente — cette responsabilité à des entités opaques (شبيحة) de type ‘ligue de protection de la révolution’ est une faute politique et morale extrêmement grave.

Charlie vs. Chaplin

Charlie

Chez Charlie, la liberté d’expression est à géométrie variable et l’indignation est sélective.

L’hebdomadaire satirique, qui publie aujourd’hui une dizaine de caricatures — affligeantes et de mauvais goût — sur le Prophète (SAW) et les musulmans, a licencié, en 2008, son caricaturiste vedette, Siné, pour antisémitisme, ce dernier ayant déclaré :

[Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !

Quelques semaines auparavant, Siné avait écrit :

J’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul !

Un dérapage indiscutablement islamophobe qui n’a pas suscité de réaction particulière de la part de la direction du journal.

Chaplin

En 1940, Chaplin tourne Le Dictateur, un film satirique caricaturant de manière outrancière Hitler (Hynkel) et Mussolini (Napaloni).

Le Dictateur finit sur une scène mémorable :

[Le barbier, après avoir pris l’identité de Hynkel,] se lance dans un long et émouvant plaidoyer pour la paix et l’amitié entre les peuples, aux antipodes du discours raciste et haineux du véritable Hynkel, plus tôt dans le film.

Vous l’avez compris, à Charlie, je préfère de loin Chaplin.

Samir Bettaieb à propos des évènements du 14 septembre 2012

Samir Bettaieb (du Pôle Démocratique Moderniste porte parole de la Voix Démocratique Sociale) affirme que son statut de membre de l’Assemblée Nationale Constituante lui a permis d’accéder à un certain nombre d’informations concernant les évènements du 14 septembre 2012 :

  • Depuis mars 2012, environ 500 « salafistes » — à l’origine de violences avérées — ont été arrêtés par les forces de l’ordre.
  • Aujourd’hui, 420 de ces « salafistes » sont libres, et certains d’entre eux ont participé aux manifestations anti-américaines du 14 septembre 2012.
  • Les 80 restants sont détenus sans jugement et peuvent être libérés à n’importe quel moment.
  • Les manifestants partis de la mosquée « Al Fath » n’ont pas été empêchés de se rendre à l’ambassade américaine.
  • Une « catastrophe » a été évitée (?) grâce à l’intervention du président de la république et de la garde présidentielle.

Pour sa part, le ministère de l’intérieur a refusé d’admettre toute défaillance sécuritaire. Son porte-parole, Khaled Tarrouche, a même salué la « réussite de l’intervention » !