Deux mots en réponse à l’initiative #AskNoomane

On veut permettre à nos entreprises, spécialisées dans la production de contenus numériques, d’accéder au marché mondial des egoods, de vendre sur ce marché, et de rapatrier l’argent issu des ventes en Tunisie.

Il y a une dimension stratégique importante inhérente à cet objectif, qui ne relève pas seulement de la technologie, mais de l’économie, au sens général du terme. Traiter ces aspects stratégiques est précisément le rôle des “chefs” — nos ministres de l’économie et du numérique — ils sont payés pour !

Aujourd’hui, les startups tunisiennes ne peuvent pas utiliser les canaux de vente offerts par Google Play et les App Stores d’Apple et d’Amazon. Elles ne peuvent pas faire appel non plus à des services comme PayPal pour encaisser, et transférer en Tunisie, l’argent issu des ventes. Donc, très concrètement, à l’heure actuelle, nous n’avons pas accès à l’essentiel du marché mondial des contenus digitaux.

Evidemment, aucun apporteur de capitaux, en recherche de rentabilité, n’acceptera de financer une startup sans perspectives de ventes (le marché intérieur tunisien étant quasi-inexistant). Or sans investissement, l’économie numérique n’a aucune chance de décoller, d’accroître sa contribution au PIB. Nos ministres de l’économie et du numérique doivent donc se pencher en toute urgence sur les points de blocage et autres bottlenecks qui empêchent nos entrepreneurs de vendre sur la place du marché.

Si le problème vient des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), il faut impérativement aller à leur rencontre pour essayer de débloquer la situation. Bien sûr, les GAFA ne nous laisseront jamais vendre quoi que ce soit, sur leurs plateformes, si, en contre-partie, nous ne leur donnons pas la possibilité de vendre, chez nous, leurs musiques, vidéos et livres électroniques. If faut donc négocier. Il y a toujours des marges de manœuvre, et elles se discutent forcément au plus haut niveau.

Ceci étant, je pense que les blocages sont plutôt internes. Après tout, l’inscription à Google Play des marchands est ouverte aux développeurs égyptiens (ici), et l’envoi et la réception de fonds via PayPal est possible en Jordanie (ici). Là encore, il faut mettre le sujet sur la table du conseil des ministres. Et que notre banque centrale se rassure : les tunisiens ne vont pas se ruer tout d’un coup sur les ebooks pour Kindle — ils n’ont pas la réputation d’être de grands lecteurs —, les albums de musique à 9.99$ ou les jeux payants.

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Charlie vs. Chaplin

Charlie

Chez Charlie, la liberté d’expression est à géométrie variable et l’indignation est sélective.

L’hebdomadaire satirique, qui publie aujourd’hui une dizaine de caricatures — affligeantes et de mauvais goût — sur le Prophète (SAW) et les musulmans, a licencié, en 2008, son caricaturiste vedette, Siné, pour antisémitisme, ce dernier ayant déclaré :

[Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !

Quelques semaines auparavant, Siné avait écrit :

J’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul !

Un dérapage indiscutablement islamophobe qui n’a pas suscité de réaction particulière de la part de la direction du journal.

Chaplin

En 1940, Chaplin tourne Le Dictateur, un film satirique caricaturant de manière outrancière Hitler (Hynkel) et Mussolini (Napaloni).

Le Dictateur finit sur une scène mémorable :

[Le barbier, après avoir pris l’identité de Hynkel,] se lance dans un long et émouvant plaidoyer pour la paix et l’amitié entre les peuples, aux antipodes du discours raciste et haineux du véritable Hynkel, plus tôt dans le film.

Vous l’avez compris, à Charlie, je préfère de loin Chaplin.