Intelligence artificielle, un énorme tsunami ?

Dans les années 60-70, un bon nombre de chercheurs étaient convaincus qu’on aura les premières centrales à fusion thermonucléaire dans les années 2000. Ils se sont trompés. Ceux qui prédisent, aujourd’hui, un « énorme tsunami », lié au développement d’intelligences artificielles, se trompent également.

Ce qu’on appelle de nos jours « intelligence artificielle » (AI) repose, en grande partie, sur des méthodes mathématiques et statistiques connues et appliquées depuis 10, 20 voire 30 ans. Les techniques d’apprentissage, en particulier, sont connues pour leur capacité à plus ou moins bien modéliser ce qui existe, ou ce qui a déjà existé par le passé, à condition qu’il n’y ait pas trop de volatilités, de non-linéarités, de phénomènes qui se déclenchent à partir de certains seuils .. Elles sont connues, surtout, par leur incapacité à se projeter dans l’avenir, à voir arriver des black swans, à faire face à des situations nouvelles qui sortent un peu de l’ordinaire ..

Il y a toujours un pilote automatique dans l’avion. Mais ce dernier est systématiquement déclenché quand il y a trop de turbulences. L’AI c’est exactement ça. Elle marche bien quand il s’agit de reconnaître des textes, des images ou des sons, pour lesquels il y a eu un apprentissage préalable*, ou quand il s’agit de résoudre des problèmes aux contours bien connus, aux règles bien définies – les jeux d’échec typiquement –. Pour le reste, rien ne remplace vraiment l’intelligence humaine.

* Google translate, Apple Siri, les technologies de reconnaissance faciale utilisées notamment par la police de New York, fonctionnent un peu comme .. les chiens des Douanes. On passe des mois et des mois à les entrainer à reconnaître certaines odeurs – drogues, explosifs – que les narines humaines ne sont pas capables de détecter. Il suffit qu’il ait une nouveauté – une nouvelle drogue, un nouvel explosif – pour qu’ils passent complètement à côté.

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Attention, désinformation !

En 2003, lorsque les Etats-Unis ont occupé l’Irak, Facebook n’existait pas, tout comme les actuels “smartphones” et autres “gadgets” équipés de caméras. Les atrocités de guerre n’étaient donc filmées, et diffusées, que par les média “conventionnels” : CNN, BBC, Aljazeera et autres.

La guerre aurait fait entre 733 158 et 1 446 063 morts (~ 10 fois plus que l’actuel nombre de tués en Syrie).

Aujourd’hui le contexte a changé.

Le moindre détail est capturé, souvent par des amateurs, et partagé instantanément. En même temps, la fabrication de faux contenus s’est généralisée .. pour orienter l’opinion, susciter l’adhésion à une cause qui n’en est pas vraiment une ..

Résultat : les photos et vidéos de guerre, crues et cruelles, envahissent inévitablement nos “murs” — et ceux de nos “amis”, nos enfants et nos ados –, de manière “virale”. Un déluge d’info et d’intox qui emporte tout sur son passage. A commencer par “l’esprit critique”, et les plus fragiles d’entre nous.

Évidemment, personne n’est là pour filtrer, vérifier l’authenticité des images et la pertinence des affirmations, protéger les jeunes et les personnes sensibles .. Même pas Facebook, qui n’a qu’un objectif en tête : accroitre les revenus et générer toujours plus de “cash”.

La technologie, qui a joué un rôle primordial dans l’avènement du “printemps arabe”, a donné naissance, aussi, à une gigantesque machine d’information .. et de désinformation.

Un “no man’s land” virtuel, où tous les usages sont permis.

Pour l’exploitation du gaz de schiste en Tunisie

Je suis pour l’exploitation du gaz de schiste en Tunisie. A deux conditions :

  1. S’assurer — au préalable — que cette exploitation n’affectera pas la nappe phréatique, et, plus généralement, le cadre et la qualité de vie des populations concernées.
  2. Accorder le permis d’exploitation à une société tunisienne, ou, à défaut, à des multinationales, à condition qu’elles s’engagent à un transfert total de technologie au profit d’un partenaire tunisien (comme elles le font chaque fois qu’elles s’implantent en Inde ou en Chine).
Pourquoi je suis pour ?

La Tunisie — qui ne dispose de très faibles réserves en pétrole et en gaz conventionnel — importe une grande partie de ses besoins énergétiques au prix fort. Conséquence : son déficit commercial n’a pas cessé de se creuser au fil des années. Le pays est obligé de s’endetter, non pas pour investir, créer de la dynamique économique et de la croissance, mais pour réparer les déséquilibres et boucler le budget. Or sans croissance, l’effet de levier (espéré) associé à la dette se transforme en effet de massue. Cette situation n’est pas tenable à moyen et long terme.

L’exploitation du gaz de schiste — une énergie abondante et peu chère — nous permettrait de disposer des moyens financiers nécessaires au lancement des grands travaux de désenclavement des régions intérieures et de modernisation des infrastructures. Elle faciliterait le redémarrage de la machine économique — à l’arrêt depuis le déclenchement du Printemps Arabe – et l’absorption du chômage, et ramènerait l’inflation à des niveaux acceptables.

Exploitée intelligemment, avec précaution et en toute transparence, les bulles de gaz libérées du schiste pourraient constituer une véritable bouffée d’oxygène pour notre pays, ses universités, ses centres de R&D, son tissu industriel, ses entreprises, petites et grandes. Exploitée de manière opaque, à l’irakienne, sans respect pour l’environnement, sans transfert de technologie, sans redistribution des richesses engrangées, ces bulles nous exploseront certainement à la figure.

Pour éviter les mauvaises surprises, nous devons faire le bilan de nos politiques industrielles passées, identifier nos forces et nos faiblesses. On se doit aussi de bien préparer le terrain : nouveau cadre réglementaire — adapté aux hydrocarbures non conventionnels –, nouvelles normes pour le business — qui obligeront des entreprises comme British Gas Tunisia à rendre public ses bilans et ses comptes de résultats –, une autorité de sûreté indépendante — qui contrôlera les installations à risque et informera les citoyens.

J’ose espérer qu’on saisira cette occasion, pour développer et breveter — dans nos universités et écoles d’ingénieurs — les technologies de demain ; celles qui nous garantiraient un accès sans risques à la nouvelle ressource énergétique ; celles qui nous permettraient de transformer l’ETAP en un géant énergétique d’envergure internationale — un Petronas ou un Petrobras.